dimanche 21 août 2011

un après-midi de chien


Le film s'ouvre sur un panneau prévenant le spectateur que ce qu'il va voir est vrai et que cela s'est passé à Brooklyn, à New York, le 22 août 1972. Sauf que ce n'est pas tout à fait vrai car le film de Sidney Lumet est basé sur le scénario original de Frank Pierson (qui reçut un oscar pour celui-ci) qui s'inspira de l'article de Life de 1972. Certains noms furent changés ainsi que certains détails.

Je n'ai jamais compris cette traduction, un peu bancale car pour mois un temps de chien est synonyme de pluvieux alors que dog day se traduirait plutôt par caniculaire, ce que le prologue montre bien, quasi-documentairement, comment les New-Yorkais combattaient la chaleur de jour-là.

Car c'est avant tout un film sur le New York de ce début des années 70, une ville jeune, sale, à cheval entre deux époques, où la police a encore la réputation d'être une des pires du monde et où les médias ont une puissance que la guerre du Vietnam a amplifié.


Cette image, et les deux autres, illustrent bien cette époque car ce jeune couple en jean, décontracté, est à l'image de cette jeunesse qui est en train de prendre le pouvoir...

samedi 20 août 2011

i's oh so quiet





Si comme la plupart j'ai découvert ce titre avec la reprise de Björk, je dois dire que je suis émerveillé par celle de Betty Hudson et la délicatesse sensuelle de sa voix ; quant à celle de Ginette Garcin, il n'y a rien à en redire tellement elle se suffit à elle-même...
Et j'en profite pour souhaiter un joyeux anniversaire à Carole : auguri !

vendredi 19 août 2011

l'llusionniste (2)


Le souci apporté aux décors est extraordinaire tout en restant discret. Ainsi, ici, alors que le fond n'est guère plus détaillé qu'une aquarelle, le pont, le train, mais aussi le poisson au premier plan, le sont beaucoup plus. C'est comme si on avait en parallèle, deux temporalités qui coexistaient : celle des hommes pressés et celle du poisson. Admirez le travail sur le reflet dans l'eau et sur les éclaboussures du poisson...


Un gag typiquement tatiesque : le héros se retrouve bloqué en voulant enfiler sa chemise sans la défaire. L'aide d'Alice se retrouve alors indispensable même si il s'en serait finalement sorti, habitué qu'il semble être à se débrouiller seul depuis longtemps. Ce sont deux dynamiques contraires qui se rencontrent : lui qui ne s'occupait que de lui, trouve une raison d'être à ce qu'il fait : elle qui ne travaillait que pour les autres, cesse de le faire et se fait entretenir.


A la fois évocation de l'importance de la publicité commerciale (comme le cachet dans le grand magasin) mais aussi du chômage qui touche les artistes de music hall, cette scène est aussi très belle et empreinte, comme beaucoup d'autres dans le film, d'une grande poésie.


Evocation du contexte international (guerre froide) et de la diffusion des films de Tati à l'étranger puisque le cinéma d'Edimburgh diffuse MY UNCLE....


Ce qui donne lieu, après qu'il soit rentré dans le cinéma d'une manière évidemment rocambolesque (car pour se cacher d'Alice et de son ami), à ce face-à-face entre le Hulot du film projeté sur un écran et le héros tatiesque de Chomet, se dandinant pareillement, mais dans la salle. Mise en abîme hilarante qui rappelle que ce que Tati faisait à l'écran venait du spectacle thaâtral.

Un des nombreux plans magnifiques d'Edimburgh : le film est une des plus belles déclarations d'amour à la ville, mais aussi à l'Ecosse.

C'est le plan qui m'a le plus donné l'impression de retrouver l'esprit des Disney d'antan, allez savoir pourquoi...

La mélancolie dont je parlais, qui marque le film du début jusqu'à la fin, même si l'on y rit aussi beaucoup. C'est vraiment un coup de coeur que je conseille à tout le monde, oui vraiment à tout le monde...

jeudi 18 août 2011

l'illusionniste


L'ILLUSIONNISTE est un film d'animation français réalisé en 2010 par Sylvain Chomet d'après un scénario original qu'il a adapté pour l'occasion en, notamment, transformant Prague en Edimburgh, car il vit et travaille dans la capitale écossaise.


Autant le dire d'emblée, ce film est un enchantement à deux titres : c'est un film de Tati (même si Tati n'est plus), dans son histoire, son héros, sa quasi-absence de dialogues, et sa mélancolie ; c'est aussi un formidable film d'animation qui ressemble vraiment à un travail à l'ancienne avec une fluidité dans les mouvements et un rendu des personnages qui m'ont rappelés les Disney de la grande époque.


Le travail est aussi cinématographique et donc de composition de cadre : ici, par exemple, on a à la fois une chanteuse émaciée attendant son tour tandis que les musiciens, comme notre héros, cherchent le lapin de ce dernier alors que l'électricien, lui, bricole. La lumière, les rideaux et la netteté (le fond est plus flou, moins soigné) créent une sensation de profondeur et d'espace. C'est un travail délibéré, bien articulé, même si en fait, le gag est fugitif et qu'on passe assez vite au plan suivant. C'est juste de la belle ouvrage.


Référence à LIMELIGHT de Chaplin (1952) en moins désespéré, c'est aussi un film sur une période de transition entre un ancien monde du théâtre et du music-hall et celui de la télévision, du rock et du cinéma. Ce n'est pas un hasard si les pseudos-Beatles semblent poursuivre notre héros, le renvoyant au rayon des antiquités et des prêteurs sur gages.

Je ne sais pas si Chomet est plutôt Stones que Beatles mais son groupe est absolument ridicule tout en reflétant bien l'adhésion hystérique des fans de l'époque....


C'est un de mes plans préférés du film, car il louche (hommage ?) ouvertement vers le travail outrancier de Bill Plympton. La diva est excessive dans tous les sens du terme et notre héros a l'air totalement perdu dans ce cadre.


Mais lors de ce raôut il est repéré par un soulôt en kilt qui l'invite à venir faire des représentations en Ecosse où notre héros se rend, en train puis en bâteau.

L'Ecosse de 1959 n'a pas encore atteint totalement la modernité car on assiste à l'installation de la première ampoule électrique dans le pub où notre héros va jouer.


Le spectacle mais aussi la promesse de départ et d'exotisme poussent une jeune domestique, Alice, à ensuite emboîter le pas de notre héros ; ça sera la seconde partie de l'histoire. Mais je m'arrête un peu sur ce plan pour deux raisons : sa simplicité, sa banalité n'empêchent pas l'histoire de se dérouler. S'il y a un feu, c'est parce qu'elle l'a allumé, anticipant le froid, car elle avait vu des flocons tomber par la fenêtre. Ce qu'elle ne savait pas, c'était que ces flocons étaient les plumes, emportées par le vent, dont une femme garnissait un matelas. L'autre raison, c'est les chaussures. Le héros prend pitié de la jeune fille dont les chaussures sont en piteux état et lui offre une paire de souliers rouges. Ceux-là, à l'instar de ceux du film de Michael Powell et d'Emeric Pressburger, vont changer irrémédiablement la vie de celle-ci, la poussant à prendre une décision qu'elle devait, on s'en doute, gamberger depuis longtemps. Plus tard, ce sera un manteau, puis d'autres chaussures.... et ces demandes viendront à bout des finances du généreux héros qui s'effacera en outre devant la jeunesse.

mercredi 17 août 2011

henry & june


En 1989, au sortir de son adaptation du roman de Milan Kundéra, Philip Kaufman s'attelle avec sa femme Rose à porter à l'écran la rencontre parisienne entre le couple Henry & June Miller et Anaïs Nin.


Henry sera interprété par Fred Ward qui avait déjà tourné avec Kaufman dans THE RIGHT STUFF, June sera Uma Thurman et Anaïs, Maria de Medeiros. Le film est tourné à Paris, avec des comédiens français et étrangers. C'ets du coup, à mon sens, le plus beau film sur le Paris des années trente tourné depuis bien longtemps.


La beauté gracile de l'actrice portugaise fit beaucoup pour le charme du film et sa notoriété internationale qui lui permit, quelques années plus tard, de jouer dans PULP FICTION de Tarantino. On la voit ici dans une pose aussi lascive que confortable, incarnant en une image une certaine idée du tango et de la sexualité qui y est associé. En arrière-plan, un Jean-Philippe Ecoffey quasi-méconnaissable et d'une très grande beauté, très hollywoodienne.

Il y en a effet chez lui quelque chose qui évoque aussi bien Redford que Montgomery Clift, une présence indéniable et un trouble certain, très proustien...

Féodor Atkine, grand comédien de théâtre, n'apparaît que dans une scène...

Kevin Spacey n'avait que 31 ans et il avait l'air très juvénile ; il n'avait encore rien à prouver.


C'est au début du film, Juan Luis Buñuel incarne un éditeur libidineux pour qui écrire des textes comme Anaïs le fait est synonyme de moeurs totalement légères...

Formidable Richard E. Grant qui est tellement amoureux de sa femme et tellement attaché à elle qu'il accepte toutes ses expériences, se nourrissant lui aussi de tout ce qu'il fait. Mais ce n'est pas non plus un personnage fitzgeraldien et il sait garder son cap, et sa femme.


J'aime beaucoup ce plan métaphorique de la relation entre June (ici de dos) et son mari représenté par cette marionnette conçue par l'amante américaine de June ; c'est une June ventriloque qui fait parler le pseudo-Henry, tout comme celui-ci n'écrit qu'à partir d'elle, de ce qu'elle est et de ce qu'ils sont ensemble.


Film sur Paris, mais aussi film sur l'émancipation d'une femme dans les années trente, le film est à redécouvrir. Il ne m'a pas donné, comme la première fois, envie de lire les livres de Nin ou de Miller. C'est curieux parce que je me souviens combien leurs titres avaient, étant jeune, excité ma curiosité : ma mère les avaient et les relisaient de temps à autre.

mardi 16 août 2011

bob le flambeur (suite)


Pour financer le casse qui le mettra à l'abri de la flambe, Bob doit faire appel à un commanditaire joué par Howard Vernon, celui du SILENCE DE LA MER...


Bob fait travailler son équipe à partir d'un plan, mais aussi d'une reproduction grandeur nature dans un terrain vague sur lequel les pièces ont été délimitées avec de la peinture blanche de stade. Il leur explique qu'ils doivent s'entraîner comme un commando. On voit même une répétition correspondant au plan de Bob, et l'on comprend bien que ça ne marchera pas le moment venu. Tragédie...

Simone Paris est Yvonne, celle qui a été, on s'en doute, l'amante de Bob, il y a longtemps, à une époque où il lui a à prêté l'argent pour qu'elle monte son bar-restaurant. C'est elle qui souffre le plus de deviner comment tout cela va inéluctablement se terminer...


Bob est curieux car s'il est content de revoir Anne de temps en temps, il n'hésite pas à la gifler quand elle lui apprend qu'elle a révélé à Marc ce qu'elle avait appris de Paulo. Il donne cependant à Yvonne le double de la clef de son appartement pour qu'elle lui donne ensuite...


Ah ! les pleutres, les envieux... à gauche, Jean (Claude Cerval) le croupier qui a obtenu les plans du casino et s'est engagé à rendre encore un service ; c'était un "demi-sel" avant la guerre. A droite Suzanne (Colette Fleury) sa femme, vénale et dominatrice, qui pousse son mari à réclamer plus et qui, frustrée de ne pas y parvenir, balance la bande à la police. Ils incarnent la France de l'Occupation, celle du marché noir et des dénonciations anonymes...

La roulette, instrument parfait mais pas unique de la dépendance au jeu de Bob qui, c'est dire, a même une machine à sous dans une armoire de son appartement, à laquelle il ne gagne jamais...


Grisé par le jeu, Bob finit par se mettre à jouer au lieu d'observer et, du coup, ne descend que trop tard, quand la partie est déjà terminée...

"Te fais pas de mouron pour tes caves, j'apporterai un pistolet à bouchon."

lundi 15 août 2011

bob le flambeur


Quatrième réalisation de Jean-Pierre Melville sur un scénario coécrit avec Auguste Le Breton (et quelques coups de mains de Jean Cocteau), BOB LE FLAMBEUR est en quelque sorte un film noir tel qu'aurait pu le faire Sacha Guitry. Car loin d'être la première pierre de la Nouvelle Vague, ce film est en quelque sorte un hommage très vieille école à une certaine idée du cinéma : il commence par une voix-off qui va servir de narrateur, comme chez Guitry, mais aussi Cocteau et tous les films noirs ; il a été entièrement tourné en studio par un Melville voulant tout contrôler à sa façon ; il donne le meilleur à ses personnages dont les caractères sont la trame de son récit ; il donne à voir un monde en voie de disparition, sachant être élégant (Bob porte du Ted Lapidus), généreux (Bob claque mais donne des pourboires), et galant (Bob ne supporte pas les macs.

Roger Duchesne, que je ne connaissais pas, a une tronche indéfinissable, qui rappelle aussi bien celle de Gabin jeune que celles d'acteur hollywoodiens. Il est un personnage de tragédie antique, incapable de résister aux dieux qui s'amusent à le voir jouer et jouer encore alors que, comme il le reconnaît, il a passé l'âge de faire des conneries. Il a une élégance, une façon de se mouvoir, et une puissance tranquille qui imposent le respect même s'il n'est pas du bon côté de la loi.


Le Paris que filme Melville en studio est celui du bas de Montmartre, Pigalle et ses bars à entraîneuses, ses salles de jeu clandestin, où tout le monde se connaît et où tout le monde connaît Bob.

J'aime beaucoup ce mot (le fait d'écrire est typique de chez Guitry). Et j'ai envie de croire qu'il a écrit "tarto" pour signifier qu'il était rentré très tard c'est-à-dire très tôt. Petit détail : avant de se coucher il déconnecte la prise de téléphone et quand il est réveillé par la sonnerie de l'entrée, il essaie de répondre au téléphone car il est encore ensommeillé.


Ce plan, illustre à la fois le personnage (il plie sa veste et la met sur un cintre avant d'aller se coucher, pour qu'elle ne soit pas froissée le lendemain), le souci du détail dans le décor et dans la lumière qui nous font croire au lieu alors qu'on est dans un studio.


A titre personnel, je vois bien sûr les fautes dans le mot de la concierge, mais je reconnais aussi la calligraphie scrupuleuse. Céleste n'a pas dû terminer le collège, à moins qu'elle n'ait été à l'école que jusqu'en primaire. Une autre époque...


Le film pourrait en fait se résumer à cet étrange attelage entre le jeune chien fou, Paulo (Daniel Cauchy), son mentor Bob, et la jeune Anne que rien ne trouble (Isabelle Corey). Je ne suis toujours pas persuadé que Bob ait un quelconque désir pour Anne, je le crois juste suffisamment droit pour ne pas accepter qu'une jeune fille comme elle soit à la merci des macs.


Mais en revanche, il a une grande tendresse pour elle, au point qu'il l'amène en virée dans sa Plymouth Belvedere de 1955 jusqu'à la maison dans laquelle il a grandi et dont il est parti à 14 ans. Cette virée permet un peu plus d'éclairer le personnage de Bob tout en montrant un aspect moins glamour de Paris.