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vendredi 19 août 2011

l'llusionniste (2)


Le souci apporté aux décors est extraordinaire tout en restant discret. Ainsi, ici, alors que le fond n'est guère plus détaillé qu'une aquarelle, le pont, le train, mais aussi le poisson au premier plan, le sont beaucoup plus. C'est comme si on avait en parallèle, deux temporalités qui coexistaient : celle des hommes pressés et celle du poisson. Admirez le travail sur le reflet dans l'eau et sur les éclaboussures du poisson...


Un gag typiquement tatiesque : le héros se retrouve bloqué en voulant enfiler sa chemise sans la défaire. L'aide d'Alice se retrouve alors indispensable même si il s'en serait finalement sorti, habitué qu'il semble être à se débrouiller seul depuis longtemps. Ce sont deux dynamiques contraires qui se rencontrent : lui qui ne s'occupait que de lui, trouve une raison d'être à ce qu'il fait : elle qui ne travaillait que pour les autres, cesse de le faire et se fait entretenir.


A la fois évocation de l'importance de la publicité commerciale (comme le cachet dans le grand magasin) mais aussi du chômage qui touche les artistes de music hall, cette scène est aussi très belle et empreinte, comme beaucoup d'autres dans le film, d'une grande poésie.


Evocation du contexte international (guerre froide) et de la diffusion des films de Tati à l'étranger puisque le cinéma d'Edimburgh diffuse MY UNCLE....


Ce qui donne lieu, après qu'il soit rentré dans le cinéma d'une manière évidemment rocambolesque (car pour se cacher d'Alice et de son ami), à ce face-à-face entre le Hulot du film projeté sur un écran et le héros tatiesque de Chomet, se dandinant pareillement, mais dans la salle. Mise en abîme hilarante qui rappelle que ce que Tati faisait à l'écran venait du spectacle thaâtral.

Un des nombreux plans magnifiques d'Edimburgh : le film est une des plus belles déclarations d'amour à la ville, mais aussi à l'Ecosse.

C'est le plan qui m'a le plus donné l'impression de retrouver l'esprit des Disney d'antan, allez savoir pourquoi...

La mélancolie dont je parlais, qui marque le film du début jusqu'à la fin, même si l'on y rit aussi beaucoup. C'est vraiment un coup de coeur que je conseille à tout le monde, oui vraiment à tout le monde...

jeudi 18 août 2011

l'illusionniste


L'ILLUSIONNISTE est un film d'animation français réalisé en 2010 par Sylvain Chomet d'après un scénario original qu'il a adapté pour l'occasion en, notamment, transformant Prague en Edimburgh, car il vit et travaille dans la capitale écossaise.


Autant le dire d'emblée, ce film est un enchantement à deux titres : c'est un film de Tati (même si Tati n'est plus), dans son histoire, son héros, sa quasi-absence de dialogues, et sa mélancolie ; c'est aussi un formidable film d'animation qui ressemble vraiment à un travail à l'ancienne avec une fluidité dans les mouvements et un rendu des personnages qui m'ont rappelés les Disney de la grande époque.


Le travail est aussi cinématographique et donc de composition de cadre : ici, par exemple, on a à la fois une chanteuse émaciée attendant son tour tandis que les musiciens, comme notre héros, cherchent le lapin de ce dernier alors que l'électricien, lui, bricole. La lumière, les rideaux et la netteté (le fond est plus flou, moins soigné) créent une sensation de profondeur et d'espace. C'est un travail délibéré, bien articulé, même si en fait, le gag est fugitif et qu'on passe assez vite au plan suivant. C'est juste de la belle ouvrage.


Référence à LIMELIGHT de Chaplin (1952) en moins désespéré, c'est aussi un film sur une période de transition entre un ancien monde du théâtre et du music-hall et celui de la télévision, du rock et du cinéma. Ce n'est pas un hasard si les pseudos-Beatles semblent poursuivre notre héros, le renvoyant au rayon des antiquités et des prêteurs sur gages.

Je ne sais pas si Chomet est plutôt Stones que Beatles mais son groupe est absolument ridicule tout en reflétant bien l'adhésion hystérique des fans de l'époque....


C'est un de mes plans préférés du film, car il louche (hommage ?) ouvertement vers le travail outrancier de Bill Plympton. La diva est excessive dans tous les sens du terme et notre héros a l'air totalement perdu dans ce cadre.


Mais lors de ce raôut il est repéré par un soulôt en kilt qui l'invite à venir faire des représentations en Ecosse où notre héros se rend, en train puis en bâteau.

L'Ecosse de 1959 n'a pas encore atteint totalement la modernité car on assiste à l'installation de la première ampoule électrique dans le pub où notre héros va jouer.


Le spectacle mais aussi la promesse de départ et d'exotisme poussent une jeune domestique, Alice, à ensuite emboîter le pas de notre héros ; ça sera la seconde partie de l'histoire. Mais je m'arrête un peu sur ce plan pour deux raisons : sa simplicité, sa banalité n'empêchent pas l'histoire de se dérouler. S'il y a un feu, c'est parce qu'elle l'a allumé, anticipant le froid, car elle avait vu des flocons tomber par la fenêtre. Ce qu'elle ne savait pas, c'était que ces flocons étaient les plumes, emportées par le vent, dont une femme garnissait un matelas. L'autre raison, c'est les chaussures. Le héros prend pitié de la jeune fille dont les chaussures sont en piteux état et lui offre une paire de souliers rouges. Ceux-là, à l'instar de ceux du film de Michael Powell et d'Emeric Pressburger, vont changer irrémédiablement la vie de celle-ci, la poussant à prendre une décision qu'elle devait, on s'en doute, gamberger depuis longtemps. Plus tard, ce sera un manteau, puis d'autres chaussures.... et ces demandes viendront à bout des finances du généreux héros qui s'effacera en outre devant la jeunesse.