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vendredi 25 novembre 2011

l'extravagant docteur dolittle


J'ai revu DOCTOR DOLITTLE réalisé en 1967 par Richard Fleischer juste après FANTASTIC VOYAGE (belle ironie vu que le film raconte aussi un fantastique voyage !) et avant THE BOSTON STRANGLER. Je pense que je ne l'avais pas revu depuis bien des années car j'ai réalisé, au fur et à mesure, que je ne me souvenais de rien, sinon de ce même plaisir nostalgique attaché à ces rares films attachés à mon enfance. De fait, j'ai eu l'impression d'être un après-midi de vacances de fin d'année, à regarder un film à la télévision allongé sur le tapis. C'était comme revoir MARY POPPINS, un autre de mes plaisirs coupables qui partage bien des aspects, notamment le fait de comporter plusieurs numéros chantés (mis en musique par l'auteur, Leslie Bricusse, et dirigés par Herbert Ross). Mais j'ai découvert que par delà la comédie pour enfants à la Roald Dahl, le conte picaresque gentiment absurde dénaturé par le film avec Eddie Murphy était aussi un film avec plusieurs messages assez conséquents. Il y est ainsi question de la nécessité d'être végétarien pour respecter les animaux (avec cette réplique chantée qui laisse songeur, "A reluctant but sincere vegetarian, am I...") de traiter humainement lesdits animaux ; mais plus curieusement encore, il y est question, indirectement et implicitement, de critique du colonialisme et de l'impérialisme culturel à travers cette peuplade vivant sur la mystérieuse île dérivante et qui sont tous plus cultivés que des Occidentaux, sont régis par un roi appelé William Shakespeare le dixième du nom et sont surpris de rencontrer des Blancs qui n'essaient pas immédiatement de les tuer ! Rajoutez à cela une quête pur un animal mythique (un deuxième après le lama à deux têtes et avant le papillon lunaire), l'escargot des mers géant, une idée que reprendra des années plus tard Wes Anderson dans THE LIFE AQUATIC WITH STEVE ZISSOU


Et puis bien sûr, il y a la distribution, à commencer par le très grand Rex Harrison qui, à 58 ans, faisait montre d'une énergie juvénile communicative. Cette année-là il tourna aussi THE HONEY POT de Mankiewicz.

A ses côtés, Anthony Newley est Matthew Mugg, le Ned Land irlandais de Dolittle et son Dr Watson aussi car il est aussi le publicitaire officiel de la geste dolittienne. Il est formidable, surtout dans les numéros chantés, et l'on ne peut que regretter que ce ne soit pas de lui qu'Emma tombe amoureuse.


Il y a aussi le jeune William Dix dans le rôle de Tommy Stubbins, un exubérant Richard Attenborough en directeur de cirque, et la voix de Ginny Tyler dans le rôle de Miss Polynesia.


Mais bien sûr, celle qui illumine le film par sa beauté rousse c'est Samantha Eggar dans le rôle d'Emma qui resplendit même si c'est Diana Lee qui la double au chant.


Pour les jamesbondophiles : Geoffrey Holder fut le Baron Samedi de TO LIVE AND LET DIE.


Et je ne voudrais pas oublier de vous conseiller le générique animé du film de Don Record.

samedi 13 novembre 2010

le voyage fantastique

"But i don't want to be miniaturized ! 
– It's just for an hour…"

C'est l'un des films qui m'ont le plus marqué enfant, déterminant mon goût immodéré pour la science-fiction sans pourtant parvenir à faire de moi un scientifique.
FANTASTIC VOYAGE, réalisé en 1966 par Richard Fleischer, a été écrit par Harry Kleiner (BULLITT en 1968 !) et David Duncan (scénario de THE TIME MACHINE de George Pal en 1960). Même si leur meilleure trouvaille reste cette limite de soixante minutes (au-delà de laquelle l'élément miniaturisé reprend ses proportions initiales), leur scénario reflète bien les conceptions de l'époque : la guerre froide bat son plein et il s'agit de damer le pion aux communistes en sauvant un scientifique transfuge. Les militaires sont présents tout au long du film, tout comme ils l'étaient dans l'opération de voyage dans le temps de The Time Tunnel, série à succès de cette année-là. Le nom-même de cette division particulière en dit long : CMDF est l'acronyme de Combined Miniature Deterrent Force (Force miniaturisée combinée de dissuasion) et rien à voir avec ça ou ça !
Il s'agit donc de faire la guerre en gagnant un avantage nouveau sur l'adversaire prêt à tout pour empêcher cela. et c'est l'élément qui va donner tout son sel à l'équipée limitée dans le temps : on sait, d'entrée de jeu, qu'un saboteur est du voyage. Bon, on se doute quand même qu'il s'agit du personnage joué par Pleasence mais le suspense demeure entier néanmoins jusqu'à leur sortie du corps du patient.
Entre temps nos héros auront traversé bien des péripéties hautes en couleurs et en formes psychédéliques qui ont, je n'en doute pas, formé bien des vocations de scientifiques et de sous-mariniers. Le nom du sous-marin est le Proteus, du nom du dieu grec Protée qui pouvait apparaître sous différentes formes (c'est aussi le nom d'un ordinateur maléfique dans DEMON SEED aka Génération Proteus, film de Donald Cammell de 1977 d'après un roman de Dean R. Koontz).

La réalisation de Fleischer est impeccable, si l'on considère les effets spéciaux de l'époque. Le film est quasiment complètement tourné vers le récit et son décor, les acteurs étant secondaires. En effet, même Grant, le héros de service joué par Stephen Boyd (Massala dans BEN-HUR), n'écrase pas le film par sa présence. Raquel Welch, alibi potiche du film a les formes attendues, mais c'est une infirmière qui manque de les tuer tous en renversant un instrument, preuve que le sexisme était encore une valeur dominante.
La musique est signée Leonard Rosenman, l'immortel compositeur de THE LORD OF THE RINGS de Ralph Bakshi en 1978.

ps : s'il y a eu un faux remake (THE INNERSPACE de Joe Dante) en 1987, il y eut aussi une série animée du même nom entre 1968 et 1970. Un remake devrait apparemment voir le jour en 2013 sous la réalisation de Paul Greengrass.





dimanche 24 octobre 2010

soleil vert

Réalisé en 1973, en pleine décennie de conscientisation catastrophiste des risques liés à l'ennvironnement, SOYLENT GREEN est un film de Richard Fleischer sur un scénario de Stanley R. Greenberg (adaptant le roman Make Room! Make Room! de l'auteur de sf Harry Harrison). La vision ultra-pessimiste du film était à l'aune des problèmes qu'on commençait juste à percevoir. D'où une mode films catastrophes et apocalyptiques dont Heston, le héros de THE OMEGA MAN (1971) et de PLANET OF THE APES n'était pas le moindre des symboles.
Ce qu'il y a d'ailleurs de paradoxal c'est quand on sait, a posteriori, le statut d'icône all american de Chuck Heston, lui qui a si souvent incarné des personnages perdus dans une Amérique disparue, comme avalée par ses propres démons (le racisme, la guerre, la pollution, la cupidité et j'en passe). Mais en ce temps-là, que je sache, il n'était pas encore le héraut de la NRA et on le voyait côtoyer d'étranges individus et adopter d'étranges manières.
Ainsi son détective est un type assez peu intéressant, égoïste, veule et assez rustre. Mais la disparition de son seul ami, Sol, ce bibliothécaire affecté par la police, et la rencontre d'une jeune femme (qui sert de bien immobilier sexuel attaché à l'appartement d'une de ses victimes) vont l'amener à réfléchir au sens et au goût des choses. C'est ce changement progressif de paradigme qui va le conduire à, non seulement mener son enquête jusqu'au bout, mais à avouer ses sentiments.
A ses côtés, donc, le grand (par le talent) Edward G. Robinson, 79 ans qui mourut peu après. Il avait commencé sa carrière en 1916. Dans un des bonus du dvd on peut voir un reportage télévisé réalisé lors du tournage du film durant une soirée rendant hommage à Robinson. Se dire qu'il ne survivrait pas ensuite, comme son personnage, rend la fin de celui-ci encore plus poignante. D'autant que la nature est sublimée ici en n'existant que sous la forme d'images de cinéma...
Il en va de même de la mort de Joseph Cotten, qu'on ne voit que dans deux scènes mais qui marque par sa présence. Ce type était un ami de Welles et joua dans CITIZEN KANE et THE MAGNIFICENT AMBERSONS !
La jeune Shiri (the furniture) est interprétée par LeighTaylor-Young.
La musique, très efficace, fut composée par Fred Myrow qui termina sa carrière en écrivant des scores pour des films d'horreur cheap alors que, en son temps, il avait composé la chanson 'You Make Me Feel So Young', comme quoi il n'y a pas de justice, surtout à Hollywood.





dimanche 11 juillet 2010

mr. majestyk

"Marty, you know what we got here ? Motherfuckin'
Charlie Bronson. Is that who you supposed to be, Mr. Majestyk ?"
Quentin Tarantino, TRUE ROMANCE

MR. MAJESTYK est un épatant film de 1974 réalisé par Richard Fleisher, (un an après SOYLENT GREEN), sur un scénario d'Elmore Leonard. Majestyk est un éleveur de melons du Colorado qui, de fil en aiguille, va se retrouver avec un tueur de la pègre bien décidé à lui faire la peau. Or Majestyk ne s'intéresse qu'à ses melons et est un ancien Ranger médaillé de la Silver Star au Viêt Nâm. Donc quand il décide de prendre les choses en main...
Bien sûr, Bronson avait déjà bien vieilli mais il n'était pas encore devenu la caricature de lui-même (comme dans DEATH WISH, Un Justicier dans la ville) et avait encore cette démarche et attitude des westerns de John Sturges. A ses côtés, des gueûles pas croyables comme celles de Al Letieri, mais aussi une femme superbe, Linda Cristal qui, comme son nom ne l'indique pas, venait d'Argentine via le Mexique.