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vendredi 21 octobre 2011

ma femme est une sorcière

I MARRIED A WITCH est le deuxième des quatre films que René Clair réalisa aux Etats-Unis entre 1940 et 1946 (après THE FLAMES OF NEW ORLEANS, IT HAPPENED TOMORROW  et THEN THERE WERE NONE). Le documentaire "René Clair sous les toits d'Hollywood" réalisé par Philippe Saada éclaire très justement sa carrière.
Coécrit par Robert Pirosh (l'un des auteurs de A NIGHT AT THE OPERA des frères Marx, pour le côté loufoque du film) et Marc Connelly, le film raconte l'histoire d'amour imprévue entre une jeune sorcière de 290 ans et le descendant de l'homme qu'elle avait maudit avant de mourir par sa faute, condamnant sa descendance à être malheureux en mariage. Le film bien sûr, inspirera vingt ans plus tard la série télévisée Bewitched (Ma sorcière bien aimée).
L'homme, c'est un politicien  joué par Fredric March sur le point d'épouser une femme qui le domine interprétée glacialement par la belle Susan Hayward. Toutes les scènes où on la voit sourire sur commande comme un robot sont des petites merveilles du genre !
 Le talent pour filmer le merveilleux de René Clair là où la réalité semble triviale est bien illustré dans ce plan. En effet, depuis la scène précédente, les esprits de Jennifer et de son père, la sorcière et le sorcier libérés de leur prison par un orage, se sont réfugiés dans ces deux bouteilles : la fille dans la petite et le père dans la grosse. Et dès lors, seulement par le truchement de leurs voix, sans aucun autre effet, on croit qu'ils sont là, alors qu'on regarde deux bouteilles sur un plateau, c'est tout simplement magique.
J'adore aussi ce plan, qui servit pour concevoir l'affiche en raison des jambes dénudées (donc scandaleuses) de Veronica Lake. Le personnage joué par March (dont l'ombre semble menaçante, mais c'est une fausse piste) ne sait pas encore que Jennifer est dans le fauteuil et il cherche le chat qui, logique, est allé se réfugier dans les bras de la sorcière. Et elle rit de la surprise à venir.
Joel McCrea, son partenaire de SULLIVAN'S TRAVELS ne voulant plus travailler avec elle refusa le rôle de March qui n'apprécia pas plus sa partenaire qui, de plus, n'arrêtait pas de lui faire des blagues.

Deux exemples du comique du film : la chanteuse reprenant la même chanson ironique ("I love you truly...") durant la cérémonie de mariage calamiteuse ; et le père de la fiancée vantant les mérites de son ex-futur gendre parce qu'il a été envoûté comme les autres. La critique, en passant, des institutions du mariage et de la politique (dans laquelle les puissants, en particulier de la presse, achètent les élections) est tout de même, l'air de rien, bien présente.
 L'une des rares concessions au spectaculaire : le taxi qui s'envole sous le regard médusé du policier.

vendredi 24 décembre 2010

le dahlia bleu

Dix raisons de voir ou revoir THE BLUE DAHLIA.

le film est réalisé en 1946 par George Marshall, par ailleurs acteur et scénariste, qui mit en scène 165 films durant sa carrière. Chandler le jugeait incompétent et la rumeur voudrait qu'il soit lui-même allé sur le plateau tourner certaines scènes.

2 peu après la sortie du film on retrouva le corps d'Elisabeth Short que la presse surnomma Le Dahlia noir en référence au film ; son meurtre ne fut jamais élucidé.

3 le scénario fut écrit par Raymond Chandler qui avait obtenu des studios de travailler chez lui en picolant pour gagner du temps. En effet, Alan Ladd était appelé sous les drapeaux en 1943 (il fut rapidement démobilisé pour des raisons de santé) et le temps pressait.

4 depuis THIS GUN FOR HIRE, Alan Ladd et Veronica Lake avaient rejoué ensemble dans THE GLASS KEY de Stuart Heisler, film dans lequel jouait aussi William Bendix.

5 C'est Doris Dowling qui joue l'insupportable garce de femme de Morrison a joué dans deux classiques (avant d'échouer à la télévision) : RISO AMARO de De Santis et THE TRAGEDY OF OTHELLO: THE MOOR OF VENICE de Welles.

6 C'est Howard Da Silva, qui joue Harwood, rejoua avec elle dans THE LOST WEEKEND de Wilder. Sa carrière fut stoppée pendant dix ans en raison du témoignage accablant de Robert Taylor qui le fit blacklister par les studios.

7 C'est Will Wright qui joue le détective de l'hôtel avait effectivement 57 ans comme il le répond à la police. C'était son premier rôle reconnu. Il rejouea avec Howard da Silva dans THEY LIVE BY NIGHT de Ray en 1949. On le reverra aussi dans ADAM'S RIB, NIAGARA et CAPE FEAR, son dernier film en 1962.

8 la voiture de Joyce Harwood porte un autocollant avec un B car il y avait encore un rationnement de l'essence en raison de la guerre. Cela limitait le propriétaire à huit gallons par semaine soit un peu plus de 35 litres.

9 on entend deux chansons devenues des standards depuis : Ac-Cent-Tchu-Ate the Positive, chanson écrite en 1944 par Harold Arlen et Johnny Mercer; et aussi It's Easy to Remember (And So hard to Forget), chanson de Rodgers et Hart écrite en 1935 pour le film MISSISSIPPI.

10 et pas la moindre, le film est un whodunit impeccable. En effet, Chandler s'est amusé à ne pas nous montrer le meurtre et à laisser autant d'indices que de pistes qui sont autant de faux-semblants. Du coup, on reste en haleine jusqu'à la fin. Le fait qu'on ne voit pas Ladd et Lake s'embrasser hors champ est une trouvaille audacieuse.








samedi 11 décembre 2010

tueur à gages (suite)

Cinq autres raisons pour lesquelles THIS GUN FOR HIRE (Tueur à gages) est un chef-d'oeuvre de film noir méconnu (et injustement).
6) Robert Preston qui joue le policier était un artiste complet. Musicien et comédien, il commença sa carrière au cinéma avant d'opter pour Broadway et d'y devenir célébre tout en continuant à faire des films. Blake Edwards lui donna un de ses derniers rôles dans VICTOR/VICTORIA.
7) Laird Cregar qui joue Gates m'a enfin de compte rappelé Stephen Fry ! C'est lui joua le Diable dans HEAVEN CAN WAIT de Lubitsch. En 1942 il joua aussi dans THE BLACK SWAN de Henry King, film de pirates avec Tyrone Power, Maureen O'Hara, George Sanders et Anthony Quinn. Il a aussi joué dans le seul bon film sur la tauromachie, BLOOD AND SAND (Arênes sanglantes) de Rouben Mamoulian avec aussi Tyrone Power.
8) Alan Ladd, je ne l'oublie pas, est prodigieux d'intensité. La scène où il parle de son enfance à Ellen, et raconte l'origine de son poignet difforme est digne de Lang. Celle de l'hôtel, où il gifle la femme de ménage est une merveille du genre. C'est son premier vrai rôle.
9) Frank Tuttle s'essaya au journalisme avant de devenir scénariste et, de fil en aiguille, cinéaste. Il redirigera Ladd dans LUCKY JORDAN et, deux ans plus tard, Lake dans THE HOUR BEFORE DAWN.
10) C'est Martha Mears qui chante en fait à la place de Veronica Lake. deux ans plus tard elle doublera aussi Rita Hayworth dans le COVER GIRL de Charles Vidor.






vendredi 10 décembre 2010

tueur à gages

"How do you feel when you do… this ? I feel fine."

Cinq raisons pour lesquelles THIS GUN FOR HIRE (Tueur à gages) est un chef-d'oeuvre de film noir méconnu (et injustement).
1) Il réunit à l'écran, quatre ans avant THE BLUE DAHLIA (dont on parle surtout, enfin, les cinéphiles et les polardeux), Alan Ladd et Veronica Lake, en un couple aussi improbable que chaste. Elle l'embrasse sur la joue et, au final, elle reste avec son boyfriend policier.
2) Veronica Lake, absolument craquante et désarmante, qu'elle chante (ou fasse semblant) en faisant de la prestidigitation, qu'elle joue les espionnes pour l'oncle Sam ou qu'elle aide un tueur en cavale. Elle n'avait que vingt ans et la façon qu'elle avait de chuchoter ses répliques me donne la chair de poule.
3) Le personnage de Raven interprété avec une efficacité glaciale par Alan Ladd a servi de matrice pour tous ceux qui ont suivi, jusqu'à nos jours. L'imperméable et le chapeau me font penser avec véhémence que Melville (puis Woo à sa suite) s'en est inspiré pour son SAMOURAÏ. La scène où il découvre l'enfant dans les escaliers a été pompée par Besson dans LEON.
4) Raven n'aime pas les gens (sauf peut-être les enfants cassés qui le renvoient à son enfance) mais il aime les chats. On le voit dans deux scènes, dont une qui ne laissera aucun amoureux des chats indifférent.
5) Excusez du peu mais le film est l'adaptation d'un roman de Graham Greene, A Gun for Sale (Tueurs à gages) de 1936. Albert Matz est l'auteur de deux scénars adaptés par Don Siegel, THE BEGUILED et TWO MULES FOR SISTER SARA, tandis que W. R. Burnett est celui de THE GREAT ESCAPE. L'histoire mélangeant film noir, espionnage et mélo est extra.







mardi 28 septembre 2010

les voyages de sullivan

Il y a finalement quelque chose d'absolument chaplinesque dans le SULLIVAN'S TRAVELS de Preston Sturges même si la filiation initiale semble être à rechercher du côté de Capra. Ecrit et réalisé par Sturges (homme à femmes éclectique qui fut inventeur et écrivain avant de devenir scénariste puis metteur en scène), le film est à la fois une parabole humaniste généreuse, une comédie pétaradante et un hymne au cinéma en tant que vecteur de bonne humeur dans un monde qui part à vaut-l'eau.
On pourrait, cyniquement, reprocher à Sturges de valider, à sa manière (mais Capra ne faisait-il pas de même ?) le modèle américain de société dans lequel la pauvreté est considéré comme une fatalité biblique ou une maladie contagieuse, mais ça serait faire bien peu de cas de son succès. Il faut en effet voir ce film, comme il faut voir Capra et Chaplin pour comprendre que, oui, comme le dit Sullivan, le cinéma peut aider à faire comprendre le monde et à le changer, même si, pour commencer, il peut faire rire et, ce faisant, donner du plaisir aux gens.
La séquence de la projection dans cette église perdue dans les marais, avec ces bagnards rentrant lentement au son de 'Let My People Go' entonné par les paroissiens noirs avant que tous, unis dans la même communion, rient de bon coeur aux malheurs de Pluto est une merveille du genre.
Sinon, bien sûr, il y a le duo Joel McCrea-Veronica Lake qui ne participe pas qu'un peu au charme du film et à son efficacité. Joel McCrea, star du western qui en tourna jusqu'à sa mort, est ici aussi à l'aise qu'un Cary Grant. Mais la palme revient à la jeune (elle n'avait que 18 ans au moment du tournage) et petite Veronica Lake qui interprète cette mystérieuse apprentie comédienne (qui rêve de rencontrer Lubitsch !) qui va sauver Sullivan de lui-même. Elle est tout simplement merveilleuse.