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vendredi 8 juillet 2011

le sixième sens (suite)


Lors de sa sortie on avait beaucoup décrié l'esthétique du film en la qualifiant, paresseusement, de clipesque plutôt que de s'attarder sur les partis pris visuels de Mann dans sa manière de raconter son histoire. Ce plan, très carte postale j'en conviens, illustre cependant une certaine idée de l'insouciance et du bonheur, loin des hommes et de la ville, une utopie paradisiaque d'où Graham est tiré pour chasser sa nouvelle proie. Il y reviendra à la toute fin du film, quand tout sera terminé (?) mais sa famille aura dû, un temps, s'en extraire aussi pour s'éloigner du danger que Lecter aura fait peser sur ce hâvre de paix. Comme quoi, une carte postale...


Un des plans de la séquence dans laquelle Will Graham, de nuit comme le tueur, découvre le théâtre d'un des massacres. J'aime beaucoup ce choix de la plongée, très film noir, qui nous place dans une position idéale qu'on ne quittera pas, celle du lecteur qui sait tout et a un temps d'avance. C'est un choix calculé qui est à la fois la reconnaissance de ce que le film doit au livre mais aussi une manière d'assumer la cinéphilie de Mann qui filme là un très grand film noir.


Plan très hitchcockien de la fuite de Graham hors de l'asile où est interné Lecter. Il s'agit en fait du High Museum of Art d'Atlanta mais j'aime assez l'idée que Mann l'a choisi parce que le lieu évoque les circonvolutions d'un cerveau. Mais ça n'engage que moi.

A la chaleur du paradis floridien s'oppose le blanc et le bleu froids du FBI et de ses techniciens (mais aussi de l'asile) qui seuls sont capables d'assister le cerveau de Graham dans sa chasse.


Et Mann s'amuse à jouer des contraires : Dollarhyde vit dans la couleur, et sa maison est décorée d'un immense poster représentant la planète Mars.

Je ne me souviens plus à quel moment du film correspond ce plan mais je sais que Graham est dans un aéroport et qu'il commande un café à une serveuse hors champ en regardant la pluie.


La plus belle séquence, celle où, pour la séduire, Dollarhyde emmène Reba chez un vétérinaire pour qu'elle puisse caresser (elle est aveugle) un tigre qui a été anesthésié avant une oépration.

Graham essaie de comprendre la psyché du tueur qui après avoir tué la femme, lui crève les yeux et les remplace par des morceaux de miroir. L'image est assez fascinante.

jeudi 7 juillet 2011

le sixième sens

MANHUNTER (dont j'ai toujours trouvé le titre français hors de propos car le terme de chasseur d'homme correspond bien mieux au travail de Graham) a été écrit et réalisé par Michael Mann d'après Dragon rouge, le roman de Thomas Harris. Après l'échec de ses deux premiers films, THIEF son hommage à Peckinpah et THE KEEP son tribut à la Hammer, Mann choisit la sécurité en adaptant un roman à succès en y appliquant une certaine esthétique développée à l'écran pour sa série Miami Vice.


C'est donc la première apparition d'Hannibal Lecter, ici interprété par Brian Cox. Puis Anthony Hopkins donnera toute sa dimension au personnage dans THE SILENCE OF THE LAMBS, HANNIBAL et RED DRAGON, remake du film de Mann.

L'idéogramme chinois signifiant Dragon rouge, gravé dans l'arbre du jardin d'une des familles.

La lettre adressée par le tueur à Lecter et lue par le Dr Chilton à Crawford et Graham.


Incroyable de se dire que c'est le même Stephen Lang que dans AVATAR ou que dans PUBLIC ENNEMIES de Mann ! J'ai hâte de le voir dans Terra Nova car je l'adore depuis.


Formidable Tom Noonan qui donne toute sa dimension hors du commun à son personnage, le rendant même émouvant et sympathique. Il retournera avec Mann dans HEAT en 1995 et rejouera avec Petersen dans l'épisode 3.05 de CSI.

Un de mes plans préférés, identique à la scène dans le roman, très graphique et très belle aussi.


La séquence du tigre est une des raisons pour lesquelles j'adore ce film. Elle est comme une oasis dans le film, un moment de grâce et de stupeur pour le spectateur qui rentre en empathie avec Dolharhyde et avec Reba. On a tous rêvé de pouvoir en faire autant. Curieux que je n'ai pas autant remarqué Joan Allen alors et qu'il m'ait fallu attendre SEARCHING FOR BOBBY FISHER en 1993. Elle n'a cessée depuis de m'étonner et d'embellir avec l'âge.


Le plan transgressif par excellence du film : le couple d'un soir, une aveugle à gauche, et un psychopathe à droite en train de regarder le film de vacances d'une famille qu'il compte massacrer et décrivant ce qu'il regarde comme un "homework", un travail personnel. C'est en se rendant compte que Reba a aussi des lèvres et des formes comme sa prochaine victime que Dollarhyde commence à être titillé par l'idée juste avant qu'elle ne fasse le premier pas et l'embrasse. Irréel.

William Petersen qui a atteint la notoriété internationale en 2000 avec CSI, jouait pourtant déjà dans THIEF en 1981 et, surtout, dans le TO LIVE AND DIE IN L. A. de Friedkin en 1985.