mardi 9 novembre 2010

les duellistes

En 1975, Joe Haldeman publie The Forewer War, un roman de science-fiction sur l'absurdité de la guerre qui lui avait été inspiré par son expérience au Viêt Nam et récompensé par le Hugo et le Nebula. Deux ans plus tard, Ridley Scott réalise son premier film, THE DUELLISTS, dans lequel deux officiers se combattent en duel pendant des années, en une métaphore de la vacuité des batailles sur un scénario de Gerald Vaughan-Hughes d'après une nouvelle de Joseph Conrad. Scott , avait alors 40 ans et 15 ans d'expérience dans la publicité et le court-métrage ; il en a aujourd'hui 73 et continue puisqu'il travaillerait sur un prequel d'ALIEN ainsi que, justement, une adaptation du roman d'Haldeman !
Keith Carradine (D'Hubbert) revu récemment dans Dexter, Dollhouse, Deadwood… a commencé en 1971 dans des westerns au ciné et à la tv, a même joué avec son frère dans deux épisodes de Kung Fu.
Harvey Keitel (Feraud) commence en 1966 en jouant un soldat allemand dans un épisode de Hogan's Heroes (Papa Schultz, 1.21) et joua avec Carradine un an avant dans WELCOME TO L. A. de Alan Rudolph. On reconnaît aussi Tom Conti, Edward Fox, Albert Finney, mais il faut aussi repérer le plan où on aperçoit, pour la première fois au cinéma, Pete Postlethwaite en train de raser un général.
Alors que le film débute en 1800 près de Strasbourg, Ridely Scott explique dans son commentaire que presque (la partie russe l'a été en Ecosse) tous les extérieurs furent tournés en Dordogne, près de Sarlat ! Il se félicite aussi d'avoir pu convaincre Harvey Keitel et Keith Carradine car tous deux étaient déjà assez connus, Keitel pour ses films avec Scorcese et Carradine avec Altman ; il raconte aussi que Carradine était un chanteur à succès dont le titre, "I'm Easy" était alors en tête des charte étatsuniens.
Il raconte aussi comment le maire de Sarlat lui avait demandé si c'était Michael Winner qui réalisait le film ! Heureuse coïncidence que ce choix de tournage car Scott découvrit aussi que l'histoire qui avait inspiré Conrad pour sa nouvelle était basée en fait sur deux personnages bien réels originaires de Dordogne.
On apprend aussi avec lui que les petites tresses que portent les deux personnages sont une coquetterie adoptée par les hussards en hommage aux cosaques russes qui les portaient car elles pouvaient leur permettre de sauver leurs oreilles du fil d'un sabre ennemi.

lundi 8 novembre 2010

tom horn

Le film commence par une inscription blanche sur fond noir annonçant une histoire vraie ("Based on a true story"). Cette histoire , c'est 'Life of Tom Horne, Govenment Scout and Interpreter, Written by Himself' adapté pour le cinéma par Thomas McGuane (MISSOURI BREAKS) et Bud Shake, et finalement* réalisé par William Wiard. Elle n'est d'ailleurs toujours pas éteinte car la toile regorge de supporters qui veulent que Tom Horn soit réhabilité et disculpé du meurtre pour lequel il fut pendu.
Avant-dernier film de McQuueen, TOM HORNE est totalement désabusé. Il y a d'ailleurs quelque chose de Peckinpah dans ce personnage attaché à sa liberté, à l'espace et à ses règles simples qui renvoie à ce que fut l'Ouest de la conquête, celui qui fut beaucoup moins reluisant que les westerns des années d'or ne le montrèrent. Ce que le film montre, comme Cimino le fit à sa manière dans HEAVEN'S GATE, c'est comment les Etats-Unis ont été établis par des propriétaires fonciers et des capitaines d'industrie sans scrupules et dont l'argent achetait tout. Dans un dialogue savoureux, un marshall répond à Horn que le chèque qui arrive à temps est la seule différence entre un assassin et un marshall.
S'il donne le (presque) beau rôle à McQueen (aussi producteur), la réalité du personnage fut plutôt celle d'un tueur efficace et sans états d'âme (un peu comme le Muny de UNFORGIVEN). Reste que la composition de McQueen est impressionnante, surtout de retenue. Autour de lui, quelques visages connus émergent : celui de Richard Farnsworth, qui joue John Coble (c'est lui qui jouera pour Lynch dans THE STRAIGHT STORY). Le palefrenier du début est joué par Elisha Cook Jr., un vétéran qui avait commencé à travailler au cinéma en 1930 ! Il y a bien sûr Linda Evans, assez séduisante en institutrice, et à des années-lumière du glamour télévisé qu'on lui associe. Enfin, même s'il n'a droit qu'à quelques minutes, il y a la prestation de Geoffrey Lewis en procureur.

* McQueen voulait Don Siegel mais cela ne put se faire et comme les syndicats refusaient qu'il filme lui-même, il fit appel à Wiard, un réalisateur de la télévision.






samedi 6 novembre 2010

bons baisers de bruges (suite)

Deux détails : le Canadien est interprété par Zeljko Ivanek, dont la tête est familière aux spectateurs de 24 et de The Event. Le film que regarde Ken à l'hôtel est TOUCH OF EVIL d'Orson Welles ; c'est d'ailleurs le tout début, le fameux plan-séquence qui ouvre le film.






vendredi 5 novembre 2010

bons baisers de bruges

"You hit the Canadian. The Canadian ? Shit…"


Ecrit et réalisé par Martin McDonagh, IN BRUGES est un film formidable pour une tripotée de raisons que je vous livre dans le désordre :
- la propriétaire enceinte de l'hôtel de nos deux pieds nickelés est jouée par Thekla Reuten, un très belle comédienne batave qu'on a pu voir ensuite dans un épisode de Lost et dans THE AMERICAN ; je ne sais pas si elle était ou vraiment enceinte mais elle rayonne réellement.
- j'adore Brendan Gleeson, le comédien qui joue Ken, je l'a-do-re.
- bon, pour être sport, je suis aussi, depuis longtemps, un fan inconditionnel de Colin Farrell dont le seul défaut sont ses sourcils, mais bon ça n'engage que moi !
- je ne connais pas la Belgique, mais je préfèrerais vraiment plus aller à Bruges que d'aller à Venise par exemple.
- on ne voit pas assez souvent de nains au cinéma, et il me tarde d'ailleurs beaucoup de découvrir la version HBO de Game of Thrones...
- je suis amoureux de Clémence Poésy, qui n'en sait rien et ne s'en porte pas plus mal, et je la trouve délicieuse en tous points ; sa manière des éduire Farrell dans le film, ses clignement d'yeux, sa façon de fumer, ou de rire, sont un enchantement.
- la musique de Carter Burwell est vraiment bien foutue, tout à tour contemplative, mélancolique, tragique, romantique, dramatique, et j'en passe.
- le film est particulièrement bien écrit, alors même que l'argument du récit tient sur un ticket de métro, mais McDonagh a le chic pour donner de l'épaisseur à ses personnages, surtout dans les scènes de dialogue qui rappellent qu'il vient du théâtre ; ses personnages m'ont fait penser aux Rosencrantz et Guildenstern de Tom Stoppard.
- tous les acteurs sont bons, du type qui joue le policier qui arrête Ray, au guichetier de la tour en passant, bien sûr, par Ralph Fiennes qui a des faux airs de Chris Ecclestone, en sociopathe à principes.






jeudi 4 novembre 2010

ariane

"You promised..."

Coécrit par I.A.L. Diamond et Billy WIlder d'après Ariane, jeune fille russe de Claude Anet, ARIANE est réalisé par Billy WIlder en 1957. Film en apparence léger dans lequel Wilder conjugue la comédie romantique lubitschienne avec la ferveur d'un passionné, ce n'en est pas moins une histoire d'amour presque mélodramatique entre un homme déjà vieux et une jeune fille qui découvre l'amour. Mais il n'y a rien de scabreux ni de pervers chez Wilder et, sous la houlette pèrenoélesque de Maurice Chevalier, les deux amants finiront ensemble.
Le vieil homme c'est Gary Copper, 56 ans, qui mourra quelques années plus tard, et qui campe un personnage qui n'est pas sans rappeler Don Ameche dans HEAVEN CAN WAIT.
Face à lui, tout en Givenchy et violoncelle, Audrey Hepburn, 28 ans quand même, est confondante d'ingénuité. Le film est toujours merveilleux et en ces temps de chasse aux tziganes, il rappelle qu'en 1957, l'amour se dansait au son des Gypsies.





mercredi 3 novembre 2010

incassable (suite)







incassable

Après le succès planétaire de THE SIXTH SENSE, la seconde réalisation de M. Knight Shyamalan s'attaqua à l'un des piliers de la culture nord-américaine : les comics-books. En faisant de Bruce Willis et de Samuel L. Jackson des incarnations réalistes de personnages de bande-dessinées dotés de pouvoirs hors du commun, il a fait, grâce à UNBREAKABLE, le premier grand film intelligent sur la question. Je recommande bien sûr de voir DEFENDOR et, surtout, KICK-ASS, qui loin des adaptations mercantiles à des fins lucratives comme Hollywood ne cesse désormais plus qu'en faire, ces films demeurent de vrais hommages à cette culture. On ne dira jamais combien, à l'instar de ces deux personnages antagonistes sans le savoir, Shyamalan est à sa manière l'exact opposé de Tarantino. Ils ont en commun une soif d'images, une culture de films et une envie de raconter des histoires mais là où Tarantino transgresse et rue dans les brancards, Shyamalan retrouve une façon de faire qui nous ramène au temps des studios, celui des années 30-50. N'ayant pas vu ses derniers films (hormis l'ennuyeux et vain THE HAPPENING), je préfère garder en moi le souvenir de ses quatre premiers; en particulier de THE VILLAGE dont je vous reparlerai sûrement un de ces jours. UNBREAKABLE est pour moi contenu dans un plan, à la fin, lorsque Jacob comprend que son père est vraiment un "héros". La manière dont ses yeux s'embuent, sans que la musique ne vienne tout gâcher, est un moment qui me donne à chaque fois le frisson.





mardi 2 novembre 2010

le flingueur

"See Naples… and die !"

C'est une coïncidence banale : j'ai par hasard trouvé samedi dernier THE MECHANIC de Michael Winner en dvd et j'ai aussi découvert qu'un remake* allait bientôt sortir. Si je la souligne c'est parce qu'il est assez inhabituel, à Hollywood, de ne pas s'emparer d'une recette efficace passée pour se remplir les poches sans trop de risques. Curieux, donc, que personne ne se soit attaqué à cette histoire jusque-là. Il faut dire qu'elle est en fait assez casse-gueûle en réalité et que je crains que le remake ne s'embarrasse pas des ambiguïtés que Winner a laissé dans son film.
Pensez donc que l'on a affaire à un tueur à gage solitaire et bouffé par l'angoisse (un Tony Soprano avant l'heure) qui décide de devenir le mentor (l'Obi-wan Kenobi ?) d'un jeune sociopathe (ah, la scène du suicide de Louise !) qui finira par le tuer à son tour. Entre ces deux-là, le marmoréen Bronson et l'éphèbe californien Vincent se tisse une trouble relation (Bronson a tué son père) teintée d'homo-érotisation indéniable quoique simplement suggérée et dans laquelle la formation au métier de mechanic (tueur à gages) devient une métaphore d'une initiation sexuelle.
Le film est surtout à voir pour trois autres raisons : c'est l'un des derniers Bronson/Winner avant l'infameux DEATH WISH qui va le stigmatiser à jamais (et injustement) ; c'est un des rares films de Jan-Michael Vincent avant qu'il ne devienne Stringfellow Hawke en 1984 ; c'est l'une des plus chouettes compositions de Jerry Fielding.

*Réalisé par Simon West (CON AIR ) avec Jason Statham dans le rôle de Bishop et Ben Foster dans celui de McKenna, et c'est Richard Wenk (le scénariste de 16 BLOCKS ) qui s'est collé à l'écriture.





lundi 1 novembre 2010

la jeune fille de l'eau

Le personnage, un critique de cinéma désabusé, considère la créature. C'est enfin un moment de film d'horreur et il sait qu'il a encore le temps de s'enfuir et... il meurt car M. Knight Shyamalan a fait du personnage du 13B l'incarnation de la critique qui lui a été si souvent hostile en lui reprochant, notamment, sa manière de créer ses personnages et sa façon de raconter des histoires. De fait, les conseils du 13B se révèleront dénués de sens, trop arroguants. Plus tard, un personnage de reclus accepte de quitter son appartement parce qu'il veut croire au merveilleux, à la possibilité de redevenir un enfant.
Tout est dit dans cette réplique : Shyamalan a voulu faire de ce conte son E. T. à lui, son moment d'enfance, dans lequel l'enfant est celui qui guide les adultes, pour aider la créature d'un autre monde à rentrer chez elle.
Dans une narration très inspirée de la fantasy tolkieniste (une bande de gens réunis par une quête et mettant leur aptitudes en commun, qu'ils les connaissent ou pas), Shyamalan a fait de LADY IN THE WATER un film absolument déconcertant. De fait, si l'on n'accepte pas le prémisse du conte pour enfant de la locataire coréenne, l'ensemble du film se vautre et l'on a juste une psychotique qui trouve refuge chez un névrosé concierge d'immeuble.
Mais ce n'est pas n'importe quel immeuble. Dans un des derniers plans du film on découvre, fugitivement, le nom de la résidence : The Cove (car jusque-là il n'était apparu que sous la forme d'une image inversée empêchant de le lire convenablement). Or ce mot, en anglais, désigne ausi bien la crique (lien avec l'eau de la piscine autour de laquelle elle est bâtie), mais aussi le refuge, l'abri, ce qu'elle représente pour Story.
Dernier atout du film, ses comédiens. Shyamalan, n'a pas ici donné la prééminence formelle à l'image comme dans ses premiers films, et il s'est davantage appuyé sur ses personnages. Le couple improbable formé par Paul Giamatti et la troublante Bryce Dallas Howard fonctionne mais tout autant que tous les autres. Le fait qu'il ait fait appel à Christopher Doyle pour photographier son film est aussi étonnant : Doyle est le chef-op attitré de Wong Kar-wai.