dimanche 7 août 2011

mon nom est personne


Comme Sergio Leone ne voulait pas trop brouiller les pistes, il choisit son compère Tonino Valerii et Ernesto Gastaldi pour réaliser et scénariser ce qui, j'en suis sûr, était en fait son film préféré.

Il y a en effet, du début jusqu'à la toute fin, un mélange parfait de pur western, représenté par Henry Fonda dont c'était, à 66 ans, l'ultime, mais aussi de ce burlesque propre aux westerns spaghettis et dont Terence Hill alias Mario Girotti était une des plus joyeuses incarnations.


Fonda, c'est Moby Dick, la baleine blanche que tout le monde voudrait se farcir pour rentrer dans la légende, mais qui n'a qu'une envie, prendre sa retraite tranquille. Il tournera encore une dizaine d'années mais c'est en 1973 qu'il fera ses deux derniers meilleurs films : LE SERPENT d'Henri Verneuil et le Valerii/Leone.


Hill, c'est un ronin anarchiste, qu'on finit par soupçonner d'avoir appartenu à la Horde sauvage (sa selle tout de même...) ; à moins qu'il ne soit un ange (sa selle, comme deux ailes qu'il trimballe comme si elle ne pesait rien) toujours hilare. C'est son meilleur rôle, dont il essaiera ensuite, vainement, de retrouver et d'insuffler l'esprit dans tous ses autres personnages.


La trouvaille finale, passage de relais de mauvais goût, manière de dire que l'on peut s'amuser de tout et savoir être respectueux de ses aînés...

samedi 6 août 2011

irma la douce (suite)


Bruce Yarnell est Hippolyte, le mac d'Irma ; venu de Broadway, il ne fit que deux films, travailla surtout à la télévision.

Hope Holiday est la Lolita ; le film de Kubrick ici parodié état sorti l'année précédente.








vendredi 5 août 2011

irma la douce

"And then one day, disaster : an honest policeman came on the beat..."

Quelques raisons de redécouvrir IRMA LA DOUCE de Billy Wilder ; voire de le découvrir...
Trois ans après THE APPARTMENT, il renoue le duo Lemmon-Maclaine et c'est un véritable bonheur que de les voir se tourner autour et s'enflammer l'un pour l'autre. C'est durant le tournage du film que Jack Lemmon épousa Felicia Farr, ce qui explique peut-être son apparente jovialité.
La France y est montré sous un angle, certes folklorique, mais ludique, hédoniste et sensuel. On y voit les Halles de Paris avant leur destruction, la capitale au petit matin et les décors supervisés par Alexandre Trauner sont magnifiques.


On y aperçoit fugitivement deux comédiens qui auront des carrières diverses : Bill Bixby en marin tatoué qui sera plus tard un magicien et un scientifique coléreux à la télévision...

... et, en soldat scotché à son transistor, James Caan dans sa première apparition au cinéma.


Wilder voulait, pour Irma, Marylin Monroe et, pour Moustache, Charles Laughton (au lieu de Lou Jacobi, ci-dessous). Les deux moururent peu avant le tournage. J'ai toujours eu du mal à imaginer le film que cela aurait pu donner mais la tonalité aurait été différente, moins légère je pense.

L'histoire est anticonformiste puisque le héros ne cherche pas à réformer la prostituée (à la différence des clients du générique) mais invente une histoire abracadabrante pour lui éviter le trottoir. La fin, juste avant la réplique attendue, est fantastique car elle laisse planer un doute. Elle est typique de Wilder et Diamond.

jeudi 4 août 2011

the social network

De même qu'il m'a fallut un certain temps pour adhérer à facebook, de même m'en a-t-il fallut avant que je vois le film réalisé par David Fincher d'après le scénario d'Aaron Sorkin inspiré de The Accidental Billionaires, le bouquin de Ben Mezrich. Et pourtant je suis fan de Fincher et de Sorkin et aussi de Jesse Eisenberg (ci-dessus) depuis qu'il a fait ZOMBIELAND.

Je suis assez fan d'Andrew Garfield, pas parce qu'il va être le nouveau Peter Parker mais parce qu'il a joué dans Doctor Who (épisodes 3.04 et 05) et dans Red Riding...

Je suis de plus en plus impressionné par Justin Timberlake et je conseille, par exemple, à tous ceux qui douteraient encore de lui en acteur, de voir SOUTHLAND TALES.

Quand j'y pense, Fincher a tout de même réussi l'exploit de faire de cette histoire un véritable thriller, avec ses rebondissements, ses sales types, ses garces, ses candides et ses héros, dans la vraie tradition du cinéma, et tout cela à propos d'un phénomène qui est toujours plus d'actualité, qui rythment nos vies et en se payant le luxe, comble du comble, d'inclure en personnages, Albert de Monaco et Bill Gates !

Difficile de s'extasier avec eux cela dit, quand on sait sur quoi et pourquoi cela a été bâti, mais bon, sans cela, pas de film...

Je n'ai pas retenu Rooney Mara qui joue Erica, celle à cause de qui tout cela arrive et dont Fincher a fait sa Lisbeth Salander pour THE GIRL WITH THE DRAGON TATOO, mais plutôt Rashida Jones, vue dans Wanted et que l'on devrait voir davantage à mon goût.

mercredi 3 août 2011

winters' bone (fin)









Le film, en est plus d'être émouvant et touchant, est très beau, et sans tomber dans la carte postale touristique, la photographie de Michael McDonough est très belle. C'est un putain de beau film.

mardi 2 août 2011

winter's bone (suite)

Cette image, dure, de violence pas vraiment gratuite mais absolument injustifiée et qui traduit le paradoxe de la situation de Ree victime de ce qui s'apparente au Destin dans cette partie du monde. La remarque du prêteur sur gages "I know you" dès qu'il croise un type, montre bien que tous se font rattraper par le crime. De même quand Teardrop demande à Ree si elle n'a pas encore commencé à prendre de la drogue, en sous-entendant que cela finira bien par arriver. On n'est pas si loin des réflexions d'une série comme Justified dans laquelle les habitants du Kentucky n'ont guère le choix entre la drogue ou la mine.


Ici c'est l'Armée qui est l'issue de secours, une Armée qui vient entraîner ses futures recrues dans l'école-même et les appâte avec une promesse d'argent facile. Je ne dis pas que Debra Granik a voulu critiquer la politique étrangère de son pays mais sans les conflits extérieurs coûteux en personnel, son armée n'aurait pas besoin d'aller chercher ses recrues jusque dans les lycées...

Le fait que ce soit aussi à l'école que l'on apprenne aux jeunes parents à s'occuper de leurs enfants est aussi symptomatique d'un certain état de la société. Ainsi, la meilleure amie de Ree est une jeune mère qui a arrêté ses études pour s'occuper de son enfant.

Quasi méconnaissable, Sherryl Lee est April. On est bien loin de Twin Peaks...


Dans le rôle du shériff, il y a mon comédien préféré, celui que je piste depuis que je l'ai découvert : Gareth Dillahunt. Il est tout simplement génial. La preuve, il est excellent dans tous les registres, y compris comique comme il le prouve dans Raising Hope.


Dans le rôle de Thump Milton, le Patriarche qui fait peur à tout le monde, il y a Ronnie Hall. Il me semble que c'est un des nombreux comédiens amateurs, recrutés localement, de la distribution. Il a participé à la réécriture des dialogues pour les rendre plus crédibles.


Et toujours dans un souci d'authenticité, le sergent recruteur en est un en réalité, Russell Schalk et on sent bien, dans son discours, qu'il a déjà dû, à plusieurs reprises, le tenir à une floppée d'autres gamins...

lundi 1 août 2011

winter's bone


Jennifer Lawrence est Ree, 17 ans, qui s'occupe seule de sa mère malade et de son petit frère et de sa petite soeur tandis que son père est en cavale. Problème : si elle ne le retrouve pas, le prêteur sur gages va saisir leur maison. Problème : personne ne veut lui dire où est son père.


Le film épatant de Debra Granik qu'elle a réalisé mais aussi coécrit avec Anne Rosellini d'après le roman de Daniel Woodrell se passe dans le Missouri, dans un coin de campagne âpre et rude où il est normal d'apprendre à tirer les écureuils puis à les dépecer pour une question de survie alimentaire. Mais où les jeunes filles se retrouvent vite enceintes et où le crime (produire de la drogue) ou l'Armée semblent être les seules échappatoires. Dans cet univers difficile, les voisins qui rendent service ne sont pas légion, et la famille se réduit aux quelques membres du foyer chancelant et menacé.


Ree tient sa maisonnée et s'occupe de tout le monde même si elle rêve de partir, de voir du pays, et qu'elle a déjà songé à aller rencontrer ce sergent recruteur dans son lycée. Mais ce qui importe, c'est de s'occuper des siens, quoi qu'il lui en coûte...


De façon surprenante, la seule raclée qu'on lui voit prendre ne lui st pas infligée par un homme mais par un groupe de femmes, comme si les hommes rechignaient à s'en prendre à une jeune fille.

Finalement, la rescousse viendra, en partie (car qui a payé la caution en fin de compte ?) de celui qu'on appelle pas oncle alors qu'il est le seul frère de son père, le formidable John Hawkes découvert dans Deadwood et qui joue ici Teardrop. Il devra surmonter ses peurs et ses réflexes violents (la scène dans la cuisine est un bel exemple de cette violence ordinaire) et admettre que Ree et sa maisonnée font partie de sa famille et qu'il doit les protéger.


J'aime beaucoup ce plan de la famille car je sais que chaque enfant tient dans ses mains un poussin que lui a donné Teardrop pour qu'il l'élève, promesse d'avenir s'il en est, tandis que Ree vient de réaffirmer qu'elle ne les quitterait jamais...

ps : le roman original a été adapté en bande-dessinée par Romain Renard et c'est terrifiant ! bien mais terrifiant...